
Du 30 octobre au 12 décembre 2026
du mercredi au samedi de 14h à 19h
La Galerie de La Manufacture
Aix-en-Provence
Stéfane Perraud et Aram Kebabdjian
Direction artistique : Stéfane Perraud
Système informatique : Manuel Deneu
Assistante : Ana Redina
Coproduction : Stereolux

Né en opposition aux penchants dystopiques et apocalyptiques du cyberpunk, le Solarpunk est un mouvement artistique et politique qui encourage une vision optimiste de l’avenir. Il alimente de nouveaux récits pour mettre en scène des solutions et répondre aux questions environnementales et sociétales actuelles. La technologie n’est pas bannie de ces formes de scénarios ; elle est mise au service de modes de vie alternatifs. Dans cette perspective, Solar Device propose un laboratoire des états futurs de la technologie. C’est une machine désirable, un projet utopique pour une société à venir — qui invite autant à repenser notre rapport à l’énergie, que nos modes de vie.
L’installation, uniquement alimentée par des panneaux solaires situés sur les toits à l’extérieur de la salle d’exposition, fonctionne, de jour comme de nuit, au gré des stocks d’énergies dont elle dispose. Une série de panneaux de LEDs, disposés en cercle, alimentent douze moteurs Mendocino qui tournent en lévitation, uniquement grâce aux photons qu’ils reçoivent sur leurs minis panneaux solaires. Inventées au début des années 50 par les laboratoires Bell, en même temps que les premières cellules photovoltaïques étaient développées, ces fragiles moteurs n’ont d’énergie que pour s’entraîner eux-mêmes. Chacun d’entre eux correspond à l’heure qu’il indique. En temps réel, en tenant compte du niveau d’ensoleillement, de la météo à venir et de l’éphéméride, Solar Device, perpétuellement à la recherche de son équilibre énergétique, adapte son comportement lumineux et cinétique à l’état de ses stocks. Plus elle a d’énergie, plus elle est lumineuse, mobile et sonore ; plus ses réserves sont faibles, plus elle s’économise. Pris ensemble, l’installation fonctionne comme un organisme automatisé, conscient de lui-même, capable de se projeter dans le temps et d’avoir une consommation raisonnée. Au bord de l’extinction, le système tend à une stabilité qui ne tient qu’à un fil.
Dans la lignée des machines célibataires de Michel Carrouges, des “machines inutiles” de Bruno Munari ou de Claude Shannon, Solar device bat en brèche l’idée de fonction d’usage et le positivisme utilitariste, autant qu’elle donne l’idée d’un autre recours possible aux techniques. Inspiré par l’économie générale de Georges Bataille, l’installation met en scène la dialectique journalière de l’espoir et du désespoir, dans une lutte infinie contre les lois de la thermodynamique — toujours à la recherche de l’équilibre du don et de la perte, invariablement en proie à l’épuisement des ressources. Il n’est pas plus de mouvement perpétuel que d’énergie illimitée. Solar Device rêve malgré cela de contourner cet inaltérable état de fait.
Solar Device dans un mouvement qui n’est pas sans rappeler la “Dreamachine” de Brion Gysin et Ian Sommerville, invite ses spectateurs à plonger dans un état de douce hypnose. Ensemble, ils vivent la pulsation de la lumière, la rotation des moteurs solaires et le roulement des ondes binaurales comme une expérience sociale et magique qui les relie ensemble autour de cette fragile promesse d’équilibre et de mesure technologique.

Stéfane Perraud et Aram Kebabdjian collaborent depuis 10 ans. Ils développent une pratique à la croisée de l’art, de la recherche scientifique et des humanités environnementales. Leurs travaux interrogent les dispositifs de mesure, les régimes de preuve et les formes de traduction sensible des phénomènes écologiques, en articulant données, protocoles techniques et récits contemporains. Leurs travaux explorent les relations entre paysage, écoute et immersion, à travers des installations, des compositions et des dispositifs situés. Ensemble, ils créent des machines narratives. Entre fiction et document, art et science, littérature et mythologie, installation sculpturale ou trans-média, leur travail tend à constituer une archéologie de notre temps. Leur travail a été présenté à la Plateforme 10 à Lausanne, au CENTQUATRE et au BAL à Paris, au Lieu Unique à Nantes, au Centre Wallonie Bruxelles ou au FRAC Corsica…
Stéfane Perraud est né en 1975, il vit et travaille à Paris. Il est diplômé des Arts décoratifs de Paris, et obtient un post diplôme en atelier de recherche interactive en 2001. Il obtient une résidence au Collège de France dans le cadre de l’Open Lab en 2011 et une bourse de développement de Pictanovo en 2013 pour un projet art/science lié au nucléaire.
Son domaine de recherche, lié à l’énergie de la matière et de la lumière, le pousse régulièrement à collaborer avec des écrivains et des scientifiques. Son travail ouvre un dialogue parfois fictif, avec l’imperceptible et l’inframince, dans la perspective de relier les diverses activités de l’âme humaine avec l’intimité de la matière. Ses outils et formats de prédilection sont des hybridations qu’il puise et déconstruit dans les nouveaux médias, les sciences et les techniques de pointe.
Depuis 2003, il collabore avec plusieurs artistes dans le milieu du théâtre, de la danse et de la performance (Eli Commins, Trajal Harell, Ali Moini…). Il expose régulièrement son travail en France et à l’étranger (Musée des Arts Décoratifs, le Collège des Bernardins, le Musée de la Chasse à Paris, la Maison Particulière à Bruxelles, le Centre d’Art de Manoa à Hawaï, la Chambre Blanche au Québec,…). Il prépare actuellement une exposition sur le paysage nucléaire qui se déroulera au Lieu Unique à Nantes en 2021, et une autre à Malte en 2020 sur les propriétés physiques de la lumière dans le cadre de la bourse européenne Vertigo.