
Cette œuvre bouleverse les rapports de force traditionnels en recourant à l’IA, et plus particulièrement à l’apprentissage automatique, pour amplifier la voix des micro-travailleurs qu’elle exploite habituellement. Cachés derrière des écrans et des processus algorithmiques, les humains qui travaillent dans l’ombre de la machine sont confrontés à de mauvaises conditions de travail, à la pression du temps et à des processus d’automatisation conçus dans le seul but d’optimiser les performances de la machine. En conséquence, ils souffrent de troubles de santé mentale, notamment de stress, d’anxiété et de dépression, résultant de leur exposition à des contenus perturbants et à des tâches répétitives sans fin. L’artiste a travaillé en étroite collaboration avec des modérateurs de contenu qui ont partagé leurs expériences vécues en matière de troubles de santé mentale liés au travail.
L’œuvre est une tenture murale de 2 x 3 mètres en coton et viscose, créée à l’aide de l’apprentissage automatique (diffusion) et tissée sur un métier Jacquard. En combinant l’apprentissage automatique et le tissage Jacquard, l’œuvre explore l’histoire des pratiques de travail industrialisées et leur lien avec le travail contemporain sur les données numériques, car les deux ont une incidence sur la santé mentale des travailleurs. L’œuvre examine comment le travail de l’IA fait écho aux dynamiques de travail de la première révolution industrielle, où les ouvriers du textile enduraient des conditions difficiles pour s’assurer que les machines à tisser Jacquard ne s’arrêtent jamais de tourner. Les gouvernements étaient alors intervenus pour protéger les droits des travailleurs. Aujourd’hui, comment pouvons-nous donner la priorité à la santé mentale des humains derrière les machines ?

Cecilie Waagner Falkenstrøm est une artiste primée qui, depuis 2016, fait figure de pionnière dans l’utilisation de l’intelligence artificielle (notamment les modèles LLM et GPT). Ses œuvres ont été exposées au Victoria and Albert Museum (V&A), à Ars Electronica, au Kennedy Center, à la Wellcome Collection et au Copenhagen Contemporary. Elle a notamment créé la toute première œuvre d’art utilisant l’IA et la blockchain dans l’espace, à bord de la partie de la Station spatiale internationale gérée par la NASA. Ses contributions à l’art numérique ont été saluées par de grands médias tels que Forbes et le New York Times. Falkenstrøm a reçu de nombreux prix internationaux, notamment le Lumen Prize for Digital Art en 2017 et 2021, une mention d’honneur du Prix Ars Electronica en 2023 et le TECHNE Award du British Arts and Humanities Research Council. Elle a étudié les beaux-arts à l’University of the Arts London et au Royal College of Art de Londres.