Paolo Almario CO / QC / CA
Marmelade

Installation interactive

Exposition Désobéir à l’ère numérique

Du 23 octobre au 17 janvier 2027
du mercredi au dimanche de 14h à 19h

Friche la Belle de Mai (R4)
Marseille

Crédits

Production : Paolo Almario Coproduction : CHRONIQUES, Stereolux, Ubchihica Avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), du Conseil des arts du Canada

Marmelade est une installation auto-destructive et participative dans laquelle le public s’assoit autour de tables garnies de pain et de confiture colombienne pendant que des machines robotiques détruisent systématiquement, photo par photo, les portraits de figures judiciaires impliquées dans des actes de persécution politique. En Colombie, « marmelade » désigne métaphoriquement la distribution corrompue du pouvoir politique : le pouvoir est conquis par certains individus qui le distribuent de manière irrégulière. L’installation formalise cette métaphore en invitant le public à consommer de la confiture pendant qu’il est témoin de la destruction des portraits de ceux qui incarnent cette corruption.

L’œuvre est la continuation de la série -formé (2013-2016), un mouvement artistique et activiste né des répercussions du conflit colombien sur la famille de l’artiste. Le père de Paolo Almario a passé plus de neuf ans en prison. Les portraits des présentations précédentes de Marmelade représentent les magistrats de la Cour suprême de Colombie ayant autorisé son arrestation en 2012. Au moins trois d’entre eux ont depuis été poursuivis et condamnés pour corruption dans le cadre du scandale dit « cartel de la toge ». L’oeuvre a acquis une dimension prophétique : les visages que la machine détruit sont ceux de juges qui ont eux-mêmes été jugés.

En mai 2023, la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a engagé de nouvelles poursuites contre le père de l’artiste pour persécution en tant que crime contre l’humanité, alléguant une conspiration avec les FARC, l’organisation qui a tenté de l’assassiner à plusieurs reprises. En avril 2026, la JEP a confirmé son renvoi en procès. L’appareil qui a fabriqué les accusations passées a été reconnu corrompu, ses artisans condamnés, et pourtant des procédures bâties sur ces mêmes fondements poursuivent leur cours. Vingt années supplémentaires de détention pèsent potentiellement sur lui.

Pour la Biennale des Imaginaires Numériques 2026, l’artiste crée de nouveaux portraits en réponse directe à ces événements. Marmelade est présentée dans sa configuration la plus ambitieuse à ce jour : sept portraits de magistrats et procureurs de la JEP, sept machines robotiques, pour une exposition de trois mois à La Friche Belle de Mai, Marseille. En déconstruisant publiquement ces visages, l’artiste transforme le poids de l’exil et la persistance de l’injustice en un acte de redistribution symbolique du pouvoir.

Chaque portrait est une photomosaïque composée de 4 800 microphotographies d’étiquettes de confiture colombienne, transpercées par des épingles sur des panneaux de plexiglass microperforé au laser. Les machines robotiques détruisent méthodiquement ces portraits photo par photo, à une vitesse calibrée pour maintenir de la matière visible tout au long de l’exposition. Les débris des microphotographies expulsées jonchent le sol et la table, devenant partie intégrante de l’oeuvre.